Le pourquoi ou le comment

30 septembre 2007

Paul Veyne

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Paul Veyne, Les grecs ont-ils cru a leurs mythes ?

P 47.

« Rien de plus empirique et de plus simple, en apparence, que la causalité ; le feu fait bouillir l’eau, la montée d’une classe nouvelle amène une nouvelle idéologie.  Cette apparente simplicité camoufle une complexité qui s’ignore : une polarité entre l’action et la passivité ; le feu est un agent qui se fait obéir, l’eau est passive et elle fait ce que le feu lui fait faire. Pour savoir ce qui se passera, il suffit donc de voir quelle direction la cause fait prendre à l’effet, qui ne peut pas plus innover qu’une boule de billard poussée par une autre dans une direction déterminée. Même cause, même effet : causalité signifiera succession régulière. L’interprétation empiriste de la causalité n’est pas différente ; elle renonce à l’anthropomorphisme d’un effet esclave qui obéirait régulièrement à l’ordre de sa cause, mais elle en conserve l’essentiel : l’idée de régularité ; la fausse sobriété dissimule une métaphore.

Or , une métaphore en valant une autre, on pourrait tout aussi bien parler du feu et de l’ébullition ou d’une classe montante et de sa révolution en des termes différents, où il n’y aurait plus que des sujet actifs ; on dirait alors que, lorsque est réuni un dispositif comprenant du feu, une casserole, de l’eau et une infinité d’autres détails, l’eau « invente » de bouillir ; et qu’elle le réinventera chaque fois qu’on la mettra sur le feu ; comme un acteur, elle répond à une situation, elle actualise un polygone de possibilités, elle déploie une activité que canalise un polygone de petites causes ; celles-ci sont plus des obstacles qui limitent cette énergie que des moteurs. La métaphore n’est plus celle d’une boucle lancée dans une direction déterminée, mais d’un gaz élastique qui occupe l’espace qui lui est laissé. Ce n’est plus en considérant « la » cause que l’on saura ce que ce gaz va faire ou plutôt il n’y a plus de cause : le polygone permet moins de prévoir la future configuration de cette énergie en expansion qu’il n’est révélé par l’expansion elle-même. Cette élasticité naturelle est appelée aussi volonté de puissance.

Si nous vivions dans une société où ce schéma métaphorique serait consacré, nous n’aurions aucune peine à admettre qu’une révolution, une mode intellectuelle, une poussée d’impérialisme ou le succès d’un système politique ne répondent pas à la nature humaine, aux besoins de la société ou à la logique des choses, mais que ce sont des modes, des projets pour lesquels on s’enflamme »  1980

Il faudrait relire «Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) », 2007

Un commentaire documenté permet de resituer les questions posées par l’interprétation des évènements historiques  dans une problématique plus générale ainsi caractérisée par Castoriadis : l’institution imaginaire de la société.  Christianisme et modernité

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