Le pourquoi ou le comment

7 décembre 2007

Échanges sur un texte de R.Debray

Filed under: Uncategorized — pouc @ 5:25

 De : Gilles
Envoyé : jeudi 6 décembre 2007 16:54
À : Philippe
Objet : RE: a lire….brillant comme d’habitude!!Si ce que tu dis est vrai, je ne pense pas que ce soit en caricaturant la position du contradicteur que l’on a raison.

Kouchner a rappelé qu’il y avait 3 préalables (entre autres, a-t-il dit) avant une action comme celle de Zoé. Mettre Zoé et Kouchner dans le même sac (à mon humble avis l’article ne le fait pas) permet d’avoir raison à peu de frais.

Je rappelle simplement que le ministère des affaires étrangère avait porté plainte contre Zoé avant même le déclenchement de l’affaire, et que c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils se sont appelés Chidren Rescue, sur le terrain…


De :  Philippe
Envoyé : jeudi 6 décembre 2007 16:06
À :  Gilles
Objet : RE: a lire….brillant comme d’habitude!!

Bonjour, 

J’ai enfin eu le temps de retrouver le texte et l’ai relu.  Néo-con renvoie à BUSH sans doute, mais, ici, il renvoie AUSSI  à SARKOZY-KOUCHNER.
 ■La première phrase du « Manifeste du parti communiste » commence par : « L’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours EST l’histoire de la lutte des classes ».     Et donc, « Le Marxisme est  l’énigme résolue de l’Histoire » 
    Aujourd’hui, c’est la même illusion – celle d’être fondée en raison à agir … parce qu’on aurait une théorie incontestable de la manière dont les évenements s’enchaînent au fil du temps pour finir par faire ce que l’on désigne par un gros mot écrit avec une majuscule : l’Histoire.  Cette croyance LEGITIME les hommes d’action pour faire le BIEN puisqu’ils oeuvrent à raison d’une théorie de l’Histoire. Leurs actions découlent des lois de l’Histoire; ils sont dans l’Universel. Thatcher, qui ne fait pas dans la théorie,  résume le tout en disant « There is NO alternative » c’est à dire qu’il n’y a pas de troisième voie, ni même de seconde, ni aucun autre système : l’Economie de marché, le libre-échange et le capitalisme globalisé dans le cadre d’un système politique unique: le système de démocratie parlementaire ou démocratie d’opinion.

■Quel Bien ?

 » … qui avec la démocratie, qui avec la charia  » Chacun s’imagine posséder la bonne clef et donc, est légitimé à intervenir de sa seule autorité, de force, pour, même contre le gré des afghans, des irakiens, des iraniens, des xyz, leur montrer la voie du salut comme si ce n’était pas aussi à ceux-là de faire, y compris dans la douleur, LEUR propre Histoire.

Dans le cas de l’intervention du Vietnam contre le Cambodge, c’est un affreux régime communiste qui s’est octroyé un droit (de fait) d’ingérence et – non pas un régime démocratique occidentale. On ne peut que se réjouir qu’il est pris cette liberté à l’égard du droit international…

■Pour conclure, je trouve que Debray, pointe bien les dérives des démocraties d’opinion  où l’on voit des ONG, i.e. des organisations NON GOUVERNEMENTALES s’autoriser à bafouer toutes les institutions légales  d’un pays souverain au prétexte d’œuvrer pour des droits humains ( tels que perçus ici, en FRANCE, en 2007, dans des milieux pas si désintéressés par ailleurs) Également, il dénonce, l’alignement des SARKOZY-KOUCHNER,  apôtres de l’ingérence pour cause humanitaires, qui font dans la gestuelle et le spectacle pour habiller à bon compte l’intervention des néoconservateurs anglo-saxons. En fait, c’est un appel au professionnalisme en politique (VEDRINE), aux réalistes, dont les choix nous paraissent mérités d’être qualifier de cynisme.

Personnellement, je trouve que les « cyniques » ont le courage de s’en remettre aux calculs des intérêts bien compris des pays qu’ils représentent; méthode pragmatique partageable, ELLE, par toutes les cultures, les régimes politiques.  Je fuis les idéologues; Jésus, SAVONAROLE, SAINT JUST, Lénine  et autre néo-CON


De :  Gilles
Envoyé : mercredi 28 novembre 2007 19:39
À :  Philippe
Objet : RE: a lire….brillant comme d’habitude!!Oui, bien écrit. Le contenu effectif est : néo-bon (Zoé) et néo-con (Zorro/Bush) mêmes ressorts.Avec en plus, cerise sur le gâteau, une charge contre l’aspiration à l’établissement de la démocratie partout. Je cite : « La conviction de détenir la solution de l’énigme enfin trouvée ». Je ne suis pas sûr que les Cambodgiens sont si mécontents que cela de l’intervention du Vietnam, qui a viré Pol Pot. Ce combat me paraît être un combat d’arrière garde : la démocratie est en train de s’installer partout. Sans même parler de l’Amérique du Sud (où, si je me souviens, Debray a fait guérillero), en Afrique (Sénégal), en Asie (Corée du Sud, Indonésie) C’est frappant, quand même, non ? Le rétropédalage de Debray n’y peut rien. Même la Russie, qui a un régime autoritaire, n’a plus rien à voir avec Staline.On ne doit pas réserver la démocratie aux happy few, c’est contradictoire dans les termes.


De :  Philippe
Envoyé : mercredi 28 novembre 2007 18:30
À :  Gilles
Objet : TR: a lire….brillant comme d’habitude!!Bonsoir,                Je l’ai lu une fois, deux fois,… je vais le lire encore une fois. C’est effectivement bien écrit. Mais au delà de la rhétorique, quel contenu effectif, communicable y a t-il là-dedans ?Bonne lecturebonsoir


De : malecot
Envoyé : mardi 27 novembre 2007 21:52
À :  Philippe
Objet : a lire….brillant comme d’habitude!!

 

Point de vue

Zoé et Zorro, le néo-bon et le néo-con, par Régis Debray

LE MONDE | 23.11.07 | 14h14

Héroïquement seul(e) en scène. Sans frontières, et donc partout chez soi. Sauvant les enfants et les peuples. Faisant fi des mesquineries légales – vernaculaires ou onusiennes – parce que dépositaires de l’universel et oeuvrant au salut de l’humanité.

Ce rêve d’adolescent, vieux comme Narcisse, nos sociétés sénescentes s’en étaient fait un idéal. C’est le songe immémorial du chevalier blanc. La geste humanitaire – la face dorée de la médaille – lui a redonné ardeur et fierté. Elle a pour envers l’intervention militaire, Afghanistan, Irak, Afrique ou ailleurs. Ce que Zoé commence – mal, en l’occurrence -, Zorro bientôt le termine, encore plus mal. C’est ce qui arrive au Bien toutes les fois qu’il se regarde un peu trop dans la glace.

Excellent remède à la mélancolie, le narcissisme ne caractérise pas qu’un stade normalement immature de l’évolution psychique. Nous avons élevé ce travers souvent pittoresque, qui mue nos politiques en rock stars, à la hauteur d’un évangile plus confusionnel qu’oecuménique. Cette inclination à faire le bonheur des enfants sans se préoccuper de leur état civil et celui des hommes sans se soucier de leur histoire, cette cécité anthropologique rappellent ce qu’Hubert Védrine nomme « occidentalisme ».

L’islam aussi a son égoïsme planétarisé, l’islamisme. La conviction de détenir la solution de l’énigme enfin trouvée, qui avec la démocratie, qui avec la charia, provoque des démangeaisons d’impérieuse charité. Si l’estime de soi est une condition du bonheur et de l’action juste, sa caricature, la surestimation outrancière de ses propres valeurs et sentiments débouchant sur l’illusion de toute-puissance, est grosse de déconvenues. De morts inutiles et de crises évitables.

L’Arche de Zoé. Calembour ? Non, lapsus de néophyte, au sens propre. Pourquoi se scandaliser devant des nouveaux convertis qui ont mis leurs actes en accord avec nos arrière-pensées ? Le vaisseau qui permet à Noé d’échapper à la punition divine, en recueillant pêle-mêle les enfants du bon Dieu, c’est aussi l’arche sainte où reposent les Tables de la Loi. Save Darfour… N’y a-t-il pas du sauveur dans le sauveteur, du rédempteur dans le secouriste ? L’action humanitaire ne serait pas devenue le point d’honneur et de mire de nos sociétés pourtant peu portées sur l’épopée si elle n’avait ranimé un vieux fond évangélisateur.

Pour le meilleur : une charité sans rivages. Et pour le pire : l’insouciance de ce qui fait que l’autre est un autre, et non pas le faire-valoir de notre suréminence. « L’investissement libidinal de soi, note le psy à propos du narcissisme secondaire, se solde par un appauvrissement de l’investissement d’objet. » En clair : le secouru, on le préfère silencieux, et muet de reconnaissance. Un enfant, grand ou petit. Un être quelconque, sans religion, sans langue, sans nationalité. Sans enveloppe ni milieu. Pathétiquement interchangeable.

Il y a parfois de la morgue dans la compassion. Disons de la suffisance, séquelle de ce qui fut jadis la maladie du christianisme. Le Dieu unique n’a jamais accepté de bon gré qu’il y en ait d’autres. La vérité est une et l’erreur multiple, c’est bien connu. Il n’est pas étonnant que les sans-coeur professent le pluralisme. On peut vanter à la tribune l’exception culturelle et simultanément marquer un mépris à peine poli pour la justice, les coutumes et l’opinion publique des Tchadiens. Nous ressentons comme une anomalie le fait que nos ministres et présidents ne puissent aller et venir à leur convenance dans des pays d’où nos reporters peuvent par ailleurs nous rapporter à domicile des images bouleversantes. C’est qu’il n’y a pas de frontières pour le petit écran ni sur le Net. Le virtuel ignore l’histoire et la géographie. Les retrouver dans le monde réel choque nos bons sentiments et nos meilleurs esprits.

Problème technique. Hermès a fait à Narcisse un cadeau piégé : la sensation d’ubiquité et le droit à l’immédiateté. De quoi alimenter le principe de plaisir du téléspectateur compassionnel. On s’imagine pouvoir agir comme on sent, en un instant, et mettre fin au malheur sans médiations ni détours. Le Narcisse d’antan avait le bon goût de rester chez soi, en tête à tête avec son écran-miroir. Celui d’aujourd’hui croit pouvoir, avec ses prothèses et ses antennes, se faire prosélyte et interventionniste. Nos missionnaires en soutane, au Vietnam, en Afrique, aux derniers siècles, étaient souvent de bons anthropologues : lexicographes, géographes, traducteurs, ethnographes. C’étaient des savants. Nos coloniaux du XIXe avaient parfois et de leur côté une vraie connaissance du terrain. L’altruiste impérial du moment, ou l’expansionniste autocentré, ne prend pas ces gants, et le néo-bon n’a rien à envier, sur ce chapitre, au néo-con, humanitaire botté et casqué mais peu doué pour les langues étrangères. A l’heure où la France célèbre ses retrouvailles avec l’apôtre américain du nouvel évangile monolingue, qui ignore le dissemblable et peut s’imaginer seul au monde parce qu’il a les moyens matériels de son illusion, il n’est pas inutile de redonner à l’exportateur transatlantique du Bien son véritable profil.

Le néo-con est tout le contraire d’un cynique : un idéaliste, et même un platonicien. Il va de l’idée au fait. Il juge l’existant, lamentable, à l’aune de la cité idéale, ouverte et concurrentielle, où les consciences, les Eglises et les capitaux ont toute liberté d’agir et d’interagir. Ne supportant pas la distance entre ce qui devrait être et ce qui est, ce généreux comminatoire, mi-prophète, mi-urgentiste, entend la combler au plus vite et rendre le monde réel conforme à l’idée.

Epris de solutions miracle et d’avis tranchés, ne s’embarrassant pas plus de cartes ni de chronologie que de lentes approches, le néo-con est brouillé avec l’histoire et la géographie, ces écoles de relativisme et d’indifférence. C’est un idéologue né pour l’éditorial, le sermon, l’indignation et la mise en demeure. Le néo-con est un internationaliste, qui veut refaire la carte du monde. Son idée pure, la démocratie, l’équivalent libéral de ce qu’était jadis la révolution, est globale ou n’est pas. Et les dérisoires réalités nationales, micro-archaïsmes suspects, ne sont pas à la hauteur de ses vues panoramiques. Il fait dans le grandiose et le continental : « le grand Moyen-Orient » ou le nouvel ordre international. C’est très souvent, à ce titre, un ancien trotskiste (ou, à défaut, en France, un maoïste), auquel répugnent depuis toujours les chauvinismes petits-bourgeois. Le néo-con est un gauchiste venu à maturité, à qui l’inversion du vent d’est en vent d’ouest a fait cette faveur enviable : pouvoir retourner sa veste sans avoir à en changer. Mêmes insultes et même tranchant.

Le néo-con est un dualiste de la première heure, comme l’étaient les théologiens avant l’invention du purgatoire, compromis bâclé et pas très glorieux avec le péché ambiant. Il faut choisir son camp et il n’y a pas à ses yeux de troisième terme entre le Bien et le Mal. On est avec la démocratie ou avec la tyrannie. Avec les droits de l’homme ou avec l’islamo-fascisme. Ce qui peut se qualifier de tiers monde, Etat ou parti signale à ses yeux soit la coupable indulgence soit l’idiot utile. Les velléités d’indépendance européenne et la désespérante pluralité des mondes forcent nos sentinelles ultra à un tour de guet sans repos – chacun à son créneau médiatique – pour repérer de loin la hyène dactylographe. A rayer pour l’heure du carnet d’adresses, et un jour de la carte.

Telle la barque de l’amour sur la vie quotidienne, le vaisseau amiral d’Occident s’est brisé par mégarde sur les récifs du Tigre et de l’Euphrate. Il arrive en effet que le réel résiste au conte de fées. Puisque nous recueillons sur nos côtes les naufragés de cette nostalgie pour de nouvelles aventures conjointes, en Perse ou ailleurs, le principe de précaution exige qu’on puisse le reconnaître de loin : un Juste peu judicieux, qui préfère la morale au droit international, l’émotion aux atlas, le 20 heures aux livres d’histoire, et l’image de soi à la réalité des autres.


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