Le pourquoi ou le comment

25 mai 2009

Connaître ou croire

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La peur de savoir

de Paul Boghossian

 

Ce livre réfute les différentes formes de constructivisme et de relativisme dures  (dépendance sociale de la connaissance car socialement construite).

Le constructivisme est peu représenté dans la philosophie anglo-saxonne actuellement, mais beaucoup dans les sciences humaines (d’où une guerre de tranchées).

L’objectivité == universalité et indépendance à l’égard de l’esprit.
La croyance rationnelle == croyance justifiée (avec des raisons de croire). Il y a des raisons épistémiques et des raisons pragmatiques (avec un révolver sur la tempe par exemple).
Il y a les raisons faillibles et celles qui sont infaillibles.

Connaissance : un sujet a la connaissance que p si et seulement si :
S croit que p
S est justifié à croire que p
p est vrai

Un fait construit est un fait fabriqué, il faut que la création d’un fait donné par une société soit constitutive de ce fait et qu’il n’ait pu exister sans les actions contingentes de cette société (cf Hacking).

La mise en évidence d’une construction sociale est libératrice → certains faits allant de soi sont démasqués comme le produit d’un développement social contingent.

Le modèle classique de la connaissance ne nie pas que le social intervienne sur les travaux et les interprétations, mais il insiste sur l’indépendance de la connaissance à l’égard des circonstances sociales contingentes. Il existe des faits indépendants de nous. Des preuves sont indépendantes aussi. Il est possible que des raisons épistémiques (et non seulmt la preuve) expliquent à elles seules une croyance.

D’où pour le modèle classique, les 3 conditions : objectivisme des faits, de la justification et de l’explication rationnelle.

Le constructivisme s’en prend à l’une où l’autre de ces affirmations ou à plusieurs.
1) constructivisme des faits : les faits sont socialement construits pour refléter nos besoins ou intérêts contingents
2) constructivisme de la justification
3) constructivisme de l’explication rationnelle

2 est une conséquence de 1, 3 dérive en partie de 2.

 

 

Le constructivisme des faits (relativisme à l’emporte pièce)

C’est le plus influent bien que le plus contre-intuitif.  (cf Goodman et Rorty)
Il s’appuie surv la dépendance des faits à l’égard de leur description →les faits dépendent de l’esprit. Si c’est le cas pour certains faits, ce n’est pas généralisable. Le problème vient de la confusion avec la relativité sociale des descriptions qui ont la forme qui s’accorde avec nos buts ou intérêts.

Ce constructivisme repose sur l’affirmation qu’il faut accepter une certaine description plutôt qu’une autre pour qu’il y ait fait.

Pour Goodman, nos concepts découpent le monde d’une certaine façon. Si on réitère ce découpage à quoi allons-nous arriver ? A une pate primitive du monde pour qu’il puissent opérer sur elle. Et cette pate ne serait-elle pas indépendante de toute activité de constitution des faits ?

Pour l’objectivisme plusieurs descriptions sont possibles mais pas toutes. Les exemples de Goodman et Rorty ne sont pas convaincant car il y a la confusion décrite ci-dessus.
3 problèmes majeurs / des objets et des faits existaient avant nous → causalité à rebours (cf Bruno Latour avec Ramses II qui ne pouvait mourir du bacille de Kock car il n’existait pas à son époque).
/problème car des objets n’ont pas été construits par nous (les électrons) → incohérence → pb de compétence conceptuelle /Pb du désaccord. Si p dépend de nos intérêts sociaux contingents, non peut être construit par d’autres sociétés → viol du principe de non contradiction.

 

Constructivisme relativiste de Rorty

C’est OK pour que la plupart des choses soient causalement indépendantes de nous. Mais c’est leur représentation qui est dépendante. Pour Rorty une proposition ne peut être vraie que relativement à une théorie (et donc pas vraie tout court). Par cela Rorty résout les 3 problèmes soulevés ci-dessus, en particulier celui du désaccord.

En appliquant ce que dit Rorty à la morale ont a : /non absolutisme moral/relativisme moral/pluralisme moral.
Pour les faits on a : /non absolutisme des faits/relativisme des faits /pluralisme des faits.

Argument classique pour le rejet du relativisme généralisé : on peut conclure qu’il s’auto-réfute.

Arguments  de Boghossian pour qui ce rejet ne suffit pas : 
/nous acceptons des théories  pour décrire des faits, mais existe-t-il des faits absolus qui sont les faits concernant les théories
→ si oui → trois choses : 1 les seuls faits absolus sont les croyances 2 le problème serait avec les faits physiques mais pas avec les croyances 3 il faudrait alors fournir des argumentssur l’aspect mystérieux des faits du monde physique par opposition à ceux du monde de l’esprit.
→si non→ il y a itération sur les théories : selon une théorie que nous acceptons, il y a une théorie que nous acceptons et selon cette théorie que nous acceptons etc.

La version relativiste de Rorty conduit à un dilemme insurmontable. Ou bien elle cesse d’être relativiste, ou bien elle perd toute intelligibilité. èil existe des faits objectifs indépendants de l’esprit.

Relativisme épistémique

Il n’existe pas une seule façon de former des croyances rationnelles  au vu des données dont nous disposons → relativisme épistémique== seuls les faits concernant la croyance rationnelle varient selon le contexte social (cf Rorty). Rorty prend l’exemple de Copernic et du cardinal Bellarmin. L’un s’appuie sur des observations du ciel, l’autre sur la Bible. Pour Rorty ils défendent des énoncés aussi corrects l’un que l’autre dans le cadre de leur système épistemique (SE). Rorty accepte l’objectivisme des faits mais pas celui des interprétations.

Quelle est la grille épistémique que nous galiléen adoptons :
 / observation : toute proposition observationnelle p s’il semble visuellement à S que p et si les conditions D sont remplies en la circonstance alors S est justifié de prime abord à croire que p (il y a beaucoup de précautions car ce n’est pas si simple, mais implicitement c’est ce qu’on fait).
/Modus ponens : si S croit que p → q et si S croit que p alors S est justifié à croire que q
élimination des conjonctions : si S croit que p et q alors S est justifié à croire que q
/déduction
/l’expérience → l’induction
/source d’information fiable
/inférence à la meilleure explication
A cela on peut ajouter la simplicité, le degré de croyance de quelque chose, etc…

Pour Bellarmin le principe fondamental est :
/révélation : si p est la parole révélée de Dieu dans la Bible, alors il est justifié de prime abord de croire P.

L’étude Boghossian continue avec l’exemple de Wittgenstein et les Azandé. Ceux-ci font appel a des oracles et leur logique déductive parait différente de la notre dans le cas de la transmission de la sorcellerie. Considérons que les systèmes de Bellarmin et des Azandé soient différents du galiléen.

Le relativisme épistémique(RE) défend les 3 principes : /non absolutisme épistémique / relativisme épistémique / pluralisme épistémique.

 

Arguments en faveur du RE 

 Logiquement le RE est valide. Mais a-t-il un sens ?
/1/s’il y a des faits épistémiques absolus concernant la justification, ils doivent pouvoir être l’objet de croyances justifiées.
On peut la considérer comme acquise car plausible ou parce que incluant l’accessibilité épistémique approximative des faits concernant la justification (car cela peut être trop complexe de le faire totalement)
/2/Sur la question de savoir quels sont les faits épistémiques absolus, il est impossible de parvenir à des croyances justifiées.

Il y a impossibilité de réfuter un système à partir d’un autre, car il faudrait montrer que l’autre est meilleur. Or impossible de montrer que notre système est meilleur en ayant recours à lui-même → s’il existe des faits absolus concernant la justification, ils sont inconnaissables par principe.

Une réfutation du RE

La réfutation traditionnelle s’appuie sur l’auto réfutation de son principe. Mais il n’est pas certain que cela suffise (cf. ci-dessous).

Le premier argument vient de l’examen de comment on accepte un SE.
Un principe épistémique dira quelque chose de général. Pour cela il doit venir de jugements épistémiques particuliers. Or dans le relativisme les jugements épistémiques sont uniformément faux puisqu’ils doivent se faire dans le cadre d’un SE → les principes épistémiques généraux sont faux → incohérence avec l’absence de faits absolus.

Le deuxième argument : les jugements épistémiques pourraient être non vrai au lieu de faux. C’est-à-dire incomplets. Mais alors comment accepter un ensemble de propositions incomplètes.

Troisième argument : quand on dit relativement  à un SE, est-ce une relation logique ? Cette union entre le fait pour une croyance d’être justifiée et un SE est non logique.

Un autre argument : le relativisme pense qu’il existe une multitude de SE alternatifs possibles → à chaque SE correspond un système alternatif possible qui le contredit. Prenons une de ces paires. SI l’un dit quelque chose de vrai→pour l’autre c’est faux. Comment alors dire qu’il n’y a pas de faits en vertu desquels un SE peut être plus correct que d’autres.

Et encore … :si le  SE est non propositionnel (non normatif), mais consiste en un ensemble d’impératif (Si  I croit C !). Mais qu’est-ce qui en fait des impératifs épistémiques. Qu’est-ce qui  les distingue des impératifs moraux ou pragmatiques ?Est-ce bien une conception de la justification épistémique. Nulle explication de ce genre n’a été donnée.

Tout cela entraine que la justification épistémique relativiste ne tient pas debout.

D’autres genres de relations épistémiques sont possibles  (relativisation en fonction du point de départ de sujet et non à son SE) Les autres modes de relativismes sont d’après Boghossian plus facilement réfutables que le relativisme dur.

Alors comment sortir de l’aporie : arguments  pour/et contre.

C’est l’argument pour « circularité des normes qui sera combattu » c’est-à-dire le principe /2/ des arguments pour. Peut-on rencontrer un SE équivalent dont on ne peut justifier  la supériorité ?
    //il faut qu’il soit au minimum cohérent : pas de jugements contradictoires (p et non p en même temps) explicitement ou implicitement (par déduction). On a des raisons objectivement valides de préférer ceux qui sont cohérent.
Il existe aussi des systèmes autodestructeurs c à d se retournant contre leur propre correction ou fiabilité.
Refus aussi des distinctions arbitraires.
   //on ne peut pas se passer d’un droit à l’utilisation a priori d’un SE car sinon il faudrait l’avoir justifié dans un autre SE→ il semble faux d’arriver à trouver un autre SE cohérent fondamentalement et authentique ment alternatif au notre. On est toujours obligé d’utiliser le notre et on le fait pour des cas où nous venons à douter d’eux légitimement →(*) si un doute légitime devait surgir concernant la correction de nos principes épistémologiques ordinaires, nous ne serions pas capables de parvenir à des croyances justifiées concernant leur correction.

 (*) et la fausseté de /2/ ne sont pas incompatibles.

Comment cela s’applique-t-il à Bellarmi et aux Azandé.
Pour Bellarmi on a affaire à un SE qui n’est pas tellement différent du notre. Il n’y a que pour les cieux qu’il n’est pas d’accord. Et en dernier ressort on voit que le différent  porte sur les origines de la Bible (est-ce bien l’avis de Dieu).
Pour les Azandé, ils rejettent le modus ponens : la substance ensorcelante se transmet de façon patrilinéaire ajouté au fait que  les parents proches dans la lignée paternelle d’un sorcier avéré, peuvent être considérés comme des sorciers. Cela cloche→ soit ils commettent une erreur de logique soit on commet une erreur d’interprétation, soit ils ne refusent bpas les inférences, mais s’en foutent. On peut avoir affaire aussi à un chois de concepts différents (sur le mot si) sans qu’ils rejettent nos règles.

Tout cela montre qu’il est difficile de trouver vraiment des systèmes alternatifs.

ET donc il y a des faits absolus indépendants de toute pratique. Mais pour un ensemble de données, les faits épistémiques dictent-ils toujours une réponse unique à ce qu’il faut croire. Jusqu’où s’étend l’objectivisme rationnel auquel nous sommes engagés ?

Le constructivisme de la connaissance peut prendre une forme où une preuve pertinente ne suffit pas. On doit alors invoquer nos besoins et intérêts contingents soit d’une façon radicale (seulement ces derniers), soit d’une façon plus cool la preuve + les besoins.
 La version radicale est acceptable dans certains cas, mais pas généralisable comme le voudrait David Bloor (DB). Boghossian réfute la thèse de DB qui veut expliquer pourquoi certaines propositions en viennent à être largement crues et tenues pour vraies. Dans sa méthodologie DB veut que l’on considère pareillement toutes les croyances quand à la vérité où à la rationalité (mêmes sortes de causes pour les croyances rationnelles ou irrationnelles, vraies ou fausses. Boghossian fait du petit bois de ces symétries.

Toute croyance n’est pas nécessairement étayée par des éléments d’information indépendants qui constituent une preuve en sa faveur. Certaines croyances sont intrinsèquement crédibles ou évidentes par elles-mêmes. Quant à l’explication rationnelle la version radicale est fausse, infondée et instable.

Pour la version cool, les données de l’expérience existent mais ne suffisent pas. Boghossian examine les thèses des auteurs généralement invoqués dans ce cas : Kuhn et Duhem-Quine.

L’analyse de Kuhn tombe complètement à côté du constructivisme, car elles n’excluent pas du tout que les données suffisent à elles seules et…

Pour Duhem s’il y a problème sur les observations, il faut réviser, mais quoi ? La raison ne suffit pas à le dire. Alors le constructiviste vient et dit : c’est d’origine sociale ! Quine dit que toute donnée recueillie en faveur d’une affirmation générale est compatible logiquement avec la négation de cette affirmation. Cela s’inscrit dans un débat sur la signification des énoncés théoriques en scienc. Cela veut dire que les données de l’expérience sont formellement cohérentes avec plus d’une théorie. Cela n’a rien à voir avec le constructivisme faible.

Donc ces constructivismes sont réfutables.

En conclusion il y a d’importantes objections au constructivisme. Celui de la vérité est incohérent, celui de la justification aussi. Enfin celui des SE est miné par des objections insurmontables. Pour le relativisme l’argument ne résiste pas. La construction sociale révèle la contingence de certaines pratiques sociales qui ont pu être à tort considérées comme fondées en nature. Il le fait en suivant les règles du raisonnement scientifique. Mais il s’égare quand il aspire à devenir une théorie générale de la vérité et de la connaissance. Alors pourquoi s’être laissé tenter par cette idée ?

POUR LE POUVOIR que cela peut donner, bien sûr  !

Si tous les SE s’équivalent, impossible de critiquer ceux des minorités, mais le faible ne peut aussi critiquer celui du fort.

Les notions de réalité indépendante de raison et d’objectivité ne sont pas sans difficultés, mais c’est une erreur de penser que la philosophie aurait découvert des raisons convaincantes de les rejeter.

Suivent 3 annexes sur le constructivisme extrémiste de Bruno Latour , extravagant de Stenger (près de la pensée magique) et de Foucault (justificatif et explication rationnelle)

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Mon commentaire

Livre passionnant et très clair. Je n’ai pas tout développé ici. 

Bibliographie :

Je recommande le livre de Ian Hacking : Entre science et réalité (ed La Découverte/poche) que je résumerai prochainement. Il est très souvent cité ici.

Voir aussi mon résumé de « La diversité contre l’égalité » de Walter Benn Michael, le multiculturalisme et les problèmes d’identité ayant beaucoup à voir avec les théories du constructivisme et du relativisme.

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