Le pourquoi ou le comment

11 juin 2009

Wall*Mart l’entreprise monde

Filed under: Uncategorized — pouc @ 10:14

Wall*Mart  l’entreprise monde
Nelson Lichtenstein,  Susan Strasser & Dork Zabinyan

Il s’agit d’un recueil de 3 articles sur Wall*Mart.

W*M est une entreprise de magasins discount. Il le fait voir : la propreté laisse à désirer. Il met en place une scénographie des tombées de camion comme si l’offre présentée était hors nomenclature (brouillage des frontières entre W*M et le foyer domestique. Il y a aussi la ruralité du siège  (Bentonville en Arkansas). Et pourtant la taille est impressionnante. Il s’agit bien d’une entreprise hyper high-tech. Son budget informatique dépasse celui de la NASA Tout est géré en temps réel  par l’intermédiaire de 6satellites. Rotation accélérée des stocks, température des magasins gérée depuis Bentonville via ces satellites. Utilisation de container intermodal qui permettent un transit accéléré entre trains, avions, navires. Ils sont tractés c’est-à-dire, toujours en flux tendu. Management invisible des flux de marchandises et des employés. Les conditions de travail sont contrôlées depuis la maison mère et au niveau de chaque super store. On a affaire là à un dispositif de contrôle pas loin des dispositifs décrits par Foucault pour les sociétés disciplinaires. La fluidité des marchés et les exigences d’un actionnariat diffus contredisent et appellent la brutalité patronale la + archaïque. Le combat contre le syndicalisme est féroce (allant jusqu’à la fermeture de magasins) et au gel des salaires si revendication. Difficultés aussi d’obtenir gain de cause dans un procès …

W*M est un modèle pour le capitalisme du XXIe siècle.

CA > 300 milliard de dollars/an > aux revenus de la Suisse.
6000 super store dans le monde (80% aux US)
fait travailler plus de 1,9 millions de personnes
importe + de produits manufacturés chinois que l’Angleterre et la Russie

Les héritiers de Sam Walton (le créateur) possèdent 39% de l’entreprise soit le double de la famille de Bill Gates. Son pouvoir sur la politique sociale et industrielle des US est immense. C’est le standard d’un nouveau type de capitalisme. Entreprise high tech + destruction du système de régulation sociale de façon à se baser sur une réduction drastique et inexorable du coût de la main d’œuvre aussi bien en Californie du Sud qu’au Sud de la Chine, à Indianapolis ou en Indonésie.

Les fournisseurs sont pieds et poings liés. La réduction des coûts est obtenue en pressurant les millions de travailleurs et de sous-traitants.

Le premier essais donne 4 exemple de la perception de W*M par des femmes.
L’une y trouve l’intérêt de la diversité et des prix bas. L’autre a été licenciée de l’épicerie où elle travaillait pour fermeture du magasin (devinez pourquoi ). La 3ième est une chinoise travaillant dans des conditions presque inhumaines. La dernière est la femme d’un directeur de W*M et n’en pense que du bien.

Schumpeter dirait que W*M fait de la destruction créatrice. Il y a des résistances cependant à l’implantation de W*M avec des hauts et des bas.

Si certaines entreprises ont fait de l’externalisation, W*M a trouvé le gigantisme très efficace et hautement profitable. Il est plus intéressant pour elle de construire que d’acheter et d’employer que de sous-traiter (le coût de la gestion a chuté plus rapidement que celui des biens et services offerts).

Utilisation d’un réseau privé de communication (le + grand des US) W*M a un tableau complet en temps réel  de la situation de l’entreprise sur tous les plans et de ses produits dans le monde (dont le coût de chaque opération).

W*M fait travailler une bonne partie de l’Asie -> concentration énorme de main d’œuvre (cf au Vietnam une usine de 65 000 personnes). Les fabricants sont dans les mains de W*M. Cela peut entrainer des luttes de géants (cf Procter & Gamble qui rachète Gilette pour faire face).

W*M fonctionne avec des marges étroites liées à la vitesse de rotation des stocks.  Le coût de la main d’œuvre ne doit pas dépasser 15 % du total des ventes, soit la moitié de ce qui est courant dans les super store traditionnel. Cela entraine des salaires inférieur de 25% et un turnover important. W*M combat le New Deal. Son anti-syndicalisme est notoire. Il pratique un intéressement à l’entreprise mais pour ceux qui arrivent à rester plus de 2 ans (imaginez s’il y en a beaucoup).
La culture et l’idéologie de l’entreprise est un amalgame d’esprit entrepreneurial et de faux égalitarisme chrétien. Les employés sont des « associés ». Ils sont coatchés si pas assez efficaces. Il y a même un grand meeting où l’on peut se moquer des travers des dirigeants. Le patriotisme est de mise aussi  mais vu qu’on fait travailler ces millions d’étrangers il est soft. Tout est fait pour que la plus grande entreprise mondiale paraisse aussi petite et sans prétention que Bentonville (Arkansas).

Avec tout cela W*M a souffert en 80 d’une crise de recrutement. W*M a eu recours aux femmes et aux étudiants de second rang.  Elle a implanté un truc qui s’appelle SIFE dans les université pour recruter (dans 700 campus américain). C’est une organisation idéologique en faveur d’un capitalisme dérégulé dans le milieu conservateur chrétien. Cette position est différente du néolibéralisme où prime l’intérêt personnel et la lutte pour la survie. La SIFE est implantée à l’étranger (Russie, Angleterre, Afrique du Sud, Asie).

W*M a eu du mal à s’implanter en Europe. Il a réussi en Angleterre mais pas en Allemagne.

W*M dit qu’elle emploie des gens qui ne cherchent pas à faire vivre leur famille avec leur salaire. Ce sont donc des retraités, des personnes avec plusieurs emplois, travaillant à mi-temps.

La comparaison avec General Motors sur l’emploi est édifiante en matière de turover et de rémunération des dirigeants. Le patron de W*M a des revenus 1500 fois supérieurs à ceux de l’employé ordinaire à plein temps.

Faute d’adhésion au New Deal, les employés doivent avoir recours aux programmes publics de santé et aux allocations payés par le contribuable.

W*M a des détracteurs et le livre donne des pistes sur comment obliger W*M à se réformer.

Susan  Strasser fait un historique très bien construit de la marchandisation et de la consommation de masse (de Woolworth à W*M). On voit que cela remonte au XIXe et que W*M a su profiter de toutes les expériences bonnes ou mauvaises qui avaient été faites. Difficile de résumer car c’est déjà très synthétique. On passe des magasins aux sociétés de ventes par correspondance puis aux grandes chaînes, au libre service et  à W*M.

 

 

Commentaire :

Très significatif. La lecture des livres de Ian Levison complète avec profit ce panorama du capitalisme d’aujourd’hui aux US et de ses implications. Intéressant aussi de voir que General Motors dépose son bilan et pas W*M.

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